A l’approche du Printemps berbère, et à l’occasion de ses vingt ans, Tamazgha a chargé INSI d’une série de rencontres en Kabylie. La première rencontre, Insi l’a effectuée avec Ould Ali El Hadi, un Berbère de souche, malgré son nom. Ould Ali El Hadi a donc reçu INSI dans ses bureaux à la Maison de la Culture de Tizi Ouzou, et voici la teneur de leur échanges.
Insi : Alors, ça va comme tu veux ?
OAE : Comme Jacques Lang.
Insi : Pourquoi Jacques Lang ?
OAE : Moi je dirige la Maison de la Culture de Tizi-Ouzou, et lui l’Institut du Monde Arabe à Paris. Lui et moi, même combat.
Insi : Je vois.
OAE : Nous avons même un projet ensemble...
Insi : Lequel ?
OAE : Créer la fête de la musique arabe en Kabylie.
Insi : A la bonheur !
OAE : Regarde, j’ai même une chemise rose comme lui.
Insi : Dis-moi, comment as-tu eu ce poste ?
OAE : Grâce à mon ami Ben Younes.
Insi : Comment a-t-il fait ?
OAE : Tu sais, après que monsieur Sadi m’ait renvoyé du RCD, j’ai galéré longtemps. Puis une nuit, j’ai fait un rêve... Dans mon rêve, j’ai vu mon ami Ben Younes. Il m’a dit : "Je suis envoyé par Boutef. Si tu acceptes de vendre ton âme, je ferai de toi le responsable de la Culture dans le pays de Sadi". - J’ai dit : "Oui".
Insi : Ensuite ?
OAE : Le lendemain, Ben Younes m’a appelé. Incroyable. Il m’a demandé de passer chez lui à Alger. Une fois chez lui, Khalida nous a rejoints. Elle a ramené avec elle une baguette magique qui n’était en fait que la canne de Boutef. Et tu connais la suite...
Insi : Non, je ne la connais pas.
OAE : Ben d’un coup de baguette, elle a fait de moi le responsable de la Culture sur les terres électorales de monsieur Sadi. Une belle revanche !
Insi : Oui, mais tu n’as eu ni la Démocratie, ni le Rassemblement.
OAE : Non, malheureusement.
Insi : Tu connais Boutef ?
OAE : Non, je connais son frère Saïd, nous buvons tous les soirs ensemble un coup à l’hôtel Amraoua.
Insi : Que fait-il à Amraoua ?
OAE : Nous lui organisons, Ben Younes et moi, les élections de 2014.
Insi : Je comprends.
OAE : Tant mieux !
Insi : Sinon, pourquoi tu organises des festivals arabes et des colloques islamiques à la maison de la Culture Mouloud Mammeri ?
OAE : D’abord ce n’est pas la maison de la culture Mouloud Mammeri, c’est ma maison et Boutef m’a dit : "La maison t’appartient, fais comme chez toi".
Insi : N’exagères-tu pas un peu ?
OAE : Franchement, cette maison s’appelait avant "Dar taqafa de Tizi-Ouzou", le MCB de l’époque l’a rebaptisée "Mouloud Mammeri". Le MCB connaissait pourtant bien la culture officielle de l’Algérie qui était et demeure arabo-islamique !
Insi : Oui.
OAE : La faute revient donc au MCB, pas à moi. Moi je travaille pour le système et j’organise ce que veut Boutef. C’est sa maison après tout. Les Kabyles n’avaient qu’à l’appeler à l’époque La Maison de la Culture El Kardaoui ou El Ghazali. Ça les aurait moins contrariés aujourd’hui !
Insi : C’est vrai.
OAE : Les Kabyles sont toujours comme ça. Même Boutef, d’après mon ami Ben Younes, ne les comprend pas. Il lui a dit une fois : "Je n’arrive pas à suivre les Kabyles. Ils ont lutté pendant la guerre pour l’Algérie arabe et islamique, et maintenant ils ne sont pas contents." Qu’ils aillent au diable !
Insi : N’as-tu pas peur de dire des choses comme ça ?
OAE : De qui ? Des Kabyles ?
Insi : Par exemple.
OAE : Ils sont trop occupés à s’excuser d’être des Amazighs.
Insi : Où as-tu appris à parler ainsi des Kabyles ?
OAE : Mes amis ; Ben Younes, Ouyehya, Khalida, Hanachi,... et moi faisons une réunion chaque semaine pour étudier notre situation de "traitres" selon la vox populi kabyle.
Insi : Alors ?
OAE : Alors nous trouvons des contre-attaques. Nous aiguisons nos arguments pour montrer aux Kabyles que nous ne sommes pas des traitres.
Insi : Ça marche ?
OAE : Non.
Insi : Dans ce cas pourquoi le faites-vous ?
OAE : Ecoute ! En vérité, nous faisons plus que tout le monde pour la cause berbère. Imagine... si en 1980, Kharoubi, qui était à l’époque wali de Tizi Ouzou, n’avait pas interdit à Mouloud Mammmeri de donner sa conférence sur la poésie kabyle ancienne…
Insi : Oui.
OAE : Eh ben il n’y aurait pas eu de Mouvement berbère. C’est donc bien grâce à Kharoubi qu’il y a eu le printemps berbère.
Insi : Et tu veux faire comme lui ?
OAE : Oui ! Je provoque les Kabyles pour rééditer ce mouvement, mais il n’y a rien à faire. Tu piges ? En vérité, je fais plus pour la cause berbère que les militants berbères déclarés.
Insi : Oui, mais pendant ce temps tu ouvres tes portes à tous les ennemis de la Kabylie.
OAE : Les Kabyles n’ont qu’à venir les déloger
Insi : Est-ce vrai qu’Ouyehya a fui le pays ?
OAE : Il est allé tâter le terrain en Europe. Dès qu’il s’installe, il nous invitera Ben Younes, Khalida et moi pour le rejoindre.
Insi : Il fera un regroupement familiale quoi.
OAE : Mon billet d’avion est dans la poche et l’avion de mon ami Saïd Bouteflika est toujours sur le point de décoller.
Insi : Et si les gens t’attrapent avant de quitter la Kabylie ?
OAE : Impossible ! Au premier son de glas, El Hadi est au-dessus des djebels.
Insi : Es-tu sûr de ton coup ?
OAE : Aït Ahmed nous a donné l’itinéraire à suivre en cas de pépin.
Insi : T’as rien à craindre donc ?
OAE : Non. Excuse-moi il y a mes amis de l’association islamique qui arrivent pour récupérer Fadhma N Soumer, Si Amirouche et El Mokrani, il faut que je les accueille.
OAE rejoint ses invités et Insi quitte la maison de la Culture pour rentrer chez lui.
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